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Le bien-être, à l'intersection de la neuroscience et de l'espace bâti

Comment les espaces que nous habitons interagissent-ils avec notre cerveau, nos émotions et nos comportements ? Une introduction à la neuroarchitecture et à l'importance de penser l'environnement à partir de ceux qui l'habitent.

Neuroarchitecture, neuroscience et espace bâti

La neuroarchitecture se situe à la rencontre de deux univers : celui de l'espace que nous construisons et celui, infiniment complexe, du cerveau humain.

En croisant architecture, neurosciences et sciences du comportement, cette discipline cherche à mieux comprendre comment les caractéristiques de notre environnement physique peuvent influencer notre perception, nos émotions, notre comportement et notre bien-être.

Cette relation prend une dimension particulièrement intéressante lorsque l'on s'intéresse aux espaces dédiés aux enfants en bas âge. Leur cerveau est en plein développement et leur manière d'explorer le monde est profondément sensorielle, corporelle et liée à leur environnement immédiat.

Dans cet article, je vous propose donc une première introduction à la neuroarchitecture, avant de nous intéresser plus particulièrement à ce qu'elle peut apporter à la réflexion autour des espaces destinés aux tout-petits.

La neuroarchitecture en quelques mots

La neuroarchitecture est un terme spécifique qui combine les neurosciences et l’architecture. C’est un domaine d’étude relativement récent qui se concentre sur la compréhension de la façon dont l’environnement construit affecte le cerveau humain et le comportement.

Ces principes reposent sur l’idée que l’environnement physique dans lequel nous vivons et travaillons peut avoir un impact sur notre cerveau, notre humeur, notre stress et notre concentration. Par conséquent, en concevant des espaces de manière à tenir compte de ces facteurs, on peut potentiellement améliorer la qualité de vie des individus.

Ce terme a commencé à gagner en importance au début du XXIe siècle, alors que les progrès en neurosciences et en technologie ont permis une compréhension plus profonde de la réponse du cerveau à l’environnement. Il a été avancé par le Dr. Fred Gage, neuroscientifique principal à l’Institut Salk et ancien président de la Société de neurosciences, lors d’un discours où il a étroitement lié les deux disciplines.

En 2002, une Académie de Neurosciences pour l’Architecture (ANFA) a pris forme en tant que projet héritage de la Convention nationale de l’American Institute of Architects (AIA), à San Diego.

Aujourd’hui, il est indéniable que les environnements influencent directement non seulement la santé de leurs utilisateurs mais aussi leur comportement et leurs émotions. Ce constat se base sur un travail de recherches interdisciplinaire ardu, grâce auquel on a pu définir des paramètres pour mesurer cet impact.

De ce fait, le domaine a évolué en privilégiant la conception fondée sur des preuves, en utilisant des données empiriques et des recherches scientifiques pour éclairer les décisions architecturales et créer des espaces qui favorisent la santé et le bien-être humains.

Les avancées dans les technologies d’imagerie cérébrale, telles que l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et l’électroencéphalographie (EEG), ont facilité l’exploration de la façon dont le cerveau réagit à différents stimuli architecturaux.

Il n'existe pas de conception neuroarchitecturale « one size fits all » : chacun perçoit, reçoit et décode son environnement de manière singulière.

Même si la neuroarchitecture se base sur des études scientifiques, il faut se méfier de penser qu’une conception neuroarchitecturale est une conception « one size fits all ».

En revanche, ce que les recherches ont validé plus que jamais, c’est que chaque utilisateur reçoit et décode les stimuli de l’environnement de manière unique. En d’autres termes, il n’y a pas de règles, mais des éléments à prendre en considération.

Une telle considération se base à priori sur la théorie de l’appartenance et du besoin humain d’appartenance, de trouver son cocon et de se sentir partie intégrante d’un espace physique.

La neuroarchitecture est appliquée dans divers domaines comme la conception de bâtiments pour les soins de santé, l’éducation, le travail et les espaces de vie pour créer des environnements qui soutiennent la santé et le bien-être des occupants.

Elle peut inclure des éléments tels que l’utilisation de la lumière naturelle, la ventilation, la disposition des espaces, la couleur, les matériaux, l’acoustique et d’autres facteurs architecturaux pour créer des environnements plus favorables sur le plan neurologique.

En résumé, les êtres humains passent environ 90 % de leur vie à l’intérieur, appartenant à ce que l’on qualifie aujourd’hui d’« indoor generation ». Cela rend d’autant plus important le fait que les espaces que nous habitons puissent stimuler des comportements et des émotions positifs, ou du moins ne pas nous influencer négativement.

Quelle importance pour l’aménagement des espaces des enfants, surtout ceux en bas âge ?

Ce sujet est peut-être moins mis en avant, mais il n’est pas récent. L’impact de l’environnement sur les enfants, comme le soulignent des éducateurs de renom tels que Montessori et Pikler, a suscité une attention considérable dans la recherche en développement.

Leurs travaux, ainsi que ceux de divers autres chercheurs, soulignent le rôle crucial de l’environnement dans la formation du développement cognitif et émotionnel des enfants.

Montessori a souligné l’importance de créer des espaces centrés sur l’enfant qui favorisent l’indépendance et l’exploration, favorisant ainsi un développement holistique.

De même, la recherche de Pikler a mis l’accent sur l’importance de fournir un environnement nourricier et réactif pour les nourrissons et les tout-petits, en mettant l’accent sur le rôle des relations respectueuses et de confiance.

La conception et l’aménagement des espaces peuvent participer à l’apprentissage, au bien-être émotionnel et au développement global de l’enfant, à condition de partir de ses besoins spécifiques.

Enfin, ce corpus croissant de recherche renforce collectivement l’idée que la conception et l’aménagement des espaces influencent profondément l’apprentissage, le bien-être émotionnel et le développement global d’un enfant, surtout en prenant en compte leurs besoins spécifiques.

Bref, je vous invite à jeter régulièrement un coup d’œil sur mon journal, où j’aborderai progressivement ce sujet sous différents angles.

Écrit par

Myriam Khoury

Photos par

Myriam Khoury

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